Le génocide des Arméniens: raison essentiel pour le développement du droit international

Le génocide des Arméniens permet précisément de montrer que le droit s’inscrit, comme toute chose, dans l’histoire. C’est à partir de cet événement que le concept de crime contre l’humanité ainsi que celui, plus tard, de génocide ont commencé à être pensés juridiquement. C’est à compter de cet instant de l’histoire qu’on a pu concevoir sérieusement l’humanité comme un concept juridique autonome.

Il existe à ce jour de très nombreux travaux historiques de grande qualité relatant et analysant le génocide des Arméniens. Cette production scientifique a été rendue nécessaire par le négationnisme turc qui a conduit à réunir, en réplique, les preuves de la réalité du génocide.

Indubitablement, le génocide des Arméniens a été un moment déterminant, bien qu’oublié, de la prise de conscience progressive d’une humanité objet de droit. L’archéologie du crime contre l’humanité, c’est-à-dire la recherche de son origine, montre que l’expérience arménienne a joué un rôle décisif dans l’élaboration de cette nouvelle catégorie juridique qu’est le crime contre l’humanité. Dans l’exposé des motifs de la Convention de 1948 sur le crime de génocide, les Paries contractantes reconnaissent « qu’à toutes les périodes de l’histoire le génocide a infligé de grandes pertes à l’humanité » et qu’elles sont « convaincues que pour libérer l’humanité d’un fléau aussi odieux la coopération internationale est nécessaire ». Il semble évident que cette Convention doit une part de son existence aux actes commis à l’encontre des Arméniens ottomans.

Mais le crime commis en 1915 contre les Arméniens ottomans n’est toujours pas clos. La reconnaissance par la Turquie est le point de passage obligé de l’évolution en la matière. Aujourd’hui, tout tourne autour de sa négation et de la perspective, lointaine et hypothétique, d’une reconnaissance accompagnée d’excuses et de regrets.

Dans ce contexte, l’initiative française a été abondante et entreprenante, s’agissant de la reconnaissance du génocide par la loi du 29 janvier 2001 et ensuite par la loi adoptée par l’Assemblée nationale le 22 décembre 2011 et ratifiée par le Sénat, pénalisant la négation du génocide arménien mais qui a été rejeté par le Conseil constitutionnel par une décision du 28 février 2012 considérant que « le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l’exercice de la liberté d’expression et de communication ».

Cette initiative peut être un exemple pour les autres pays à suivre, car, par l’intermédiaire des lois nationales pareilles, cela constituera une pression envers l’État turc pour reconnaître le génocide arménien.

Dans son article sur la loi pénalisant la négation du génocide arménien, publié le 4 janvier 2012, Bernard-Henri Levy explique : « Cette loi, autrement dit, n’a rien à voir avec la volonté d’établir une vérité d’État. Aucun des députés qui l’ont votée n’a prétendu se substituer aux historiens et à leur œuvre. Ils entendaient juste rappeler ce droit simple qu’est le droit de chacun à n’être pas publiquement injurié – et son droit, corrélatif, à demander réparation de cette atteinte particulièrement outrageante qu’est l’atteinte à la mémoire des morts. Question de droit, pas d’Histoire ».

Il n’y aura guère une meilleure rémunération pour les victimes du crime qu’une reconnaissance turque. Et pourquoi pas ? Leur sort à la portée de leurs mains. Ces deux pays peuvent redessiner l’histoire de l’humanité toute entière, et donner un exemple à toutes les personnes vivants sur la terre ainsi qu’à tout les États, que la paix est la meilleure solution possible. Il ne suffit pas d’être membre à des organisations internationales ou régionales qui défendent les droits de l’homme. Il faut travailler pour la paix. Rappelons le slogan de l’UNESCO :

« Construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes ».

Comme d’ailleurs l’indique le préambule de l’UNESCO : « c’est dans l’esprit des hommes que naissent les guerres, c’est dans leur esprit qu’il faut ériger les défenses de la paix ».

 

Au cours des dernières années, plusieurs universités de paix ont été fondées, comme l’université pour la paix de l’O.N.U., au Costa Rica (UPEACE), l’université de la paix de Brasilia (U.N.I.P.A.Z.), ou l’Université de Paix de Namur, le Centre mondial de la paix à Verdun.

Elles dispensent un enseignement et contribuent à des échanges de savoir et savoir-faire visant à étendre l’action individuelle et collective sur et pour la paix (chef d'œuvre de paix inspirée par le compagnonnage à U.N.I.P.A.Z.). Ces formations touchent à l’écologie globale, autant qu’à l’écologie intérieure, sociale et environnementale. Elles intègrent aussi la notion de résilience, pour sortir du cycle infernal de la vengeance ou vendetta.

De nombreuses O.N.G. dites «  humanitaires »  travaillent aussi au commerce équitable, à plus de justice, à la réconciliation des peuples et à la réparation des dégâts de catastrophes naturelles, économiques, militaires ou sociales, dont par exemple Green cross fondée par Mikhaïl Gorbatchev après la Glasnost et la fin de l’U.R.S.S.

Néanmoins, la paix ne peut être atteinte au sein d’un ou de plusieurs peuples que par la contribution absolument volontaire de tous ceux qui composent ces peuples. La paix est donc, à cause de cette nécessité, une vertu aussi noble que difficile à atteindre. Aussi, au delà des organisations humanitaires et internationales, se trouvent des hommes et des femmes qui espèrent que le lendemain sera meilleur que la veille.

 

Citons une strophe du Poème sur la loi naturelle de Voltaire (1751) :

 

« Que conclure à la fin de tous mes longs propos ?

C’est que les préjugés sont la raison des sots ;

Il ne faut pas pour eux se déclarer la guerre :

Le vrai nous vient du ciel, l’erreur vient de la terre ;

Et, parmi les chardons qu’on ne peut arracher,

Dans les sentiers secrets le sage doit marcher.

La paix enfin, la paix, que l’on trouble et qu’on aime,

Est d’un prix aussi grand que la vérité même. »

 

 Rodney Dakessian

Beyrouth le 7-Décembre-2014